jeudi 26 janvier 2012
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Avant le livre (numérique)

Rubrique : Au jour le jour

Noël 2011 restera sûrement dans les livres d’histoire (culturelle) comme le début de la popularisation des liseuses et autres livres électroniques en France. L’offre est-elle réellement prête ? Et les lecteurs ?

Publié le mardi 24 janvier, par Benjamin

En 2008, je me souviens avoir acheté l’un des tous premiers netbook. L’objet me paraissait fantastique. Je devais prendre quotidiennement le RER pour me rendre à l’université et transporter mon ordinateur portable me posait plusieurs problèmes : il devenait trop lourd à la longue et le risque de se le faire voler planait toujours. Le netbook avait l’avantage d’être léger et peu coûteux (150 € si mes souvenirs sont bons).

Toutefois, il s’est très rapidement révélé être une belle escroquerie - ou pour le dire plus poliment : il n’était pas adapté à mes usages. Outre qu’il disposait d’une mémoire minuscule (4 Go), son écran avait la taille d’un timbre poste et le clavier ne pouvait être utilisé - sans déraper - que par des personnes pourvues de doigts très fins (les petites ouvrières chinoises qui les fabriquent ?). Installer le wi-fi sur la machine relevait le plus souvent de la croix et de la bannière quand le réseau était trop sécurisé tout comme les capacités d’évolution et de mise à jour de ce portable nain étaient plus que réduites.

Après cela, je me suis dit qu’on ne m’y reprendrait plus et qu’il reviendrait à mes proches d’essuyer les plâtres des innovations technologiques. Ce qui m’amène à ma grande hésitation concernant l’achat d’une liseuse. Si sur le (très) long terme, je pense que son avènement est vraisemblablement inéluctable pour la simple et bonne raison que pour les très jeunes générations et les futures, l’écran est et sera considéré comme le principal - voire l’unique - vecteur de savoir. Ils ne connaîtront plus que celui-ci au détriment du livre (et les politiques actuelles poussent l’éducation à faire une place de plus en plus grande aux écrans en tout genre). On peut le regretter (je suis plutôt dans une position nostalgique à cet égard), estimer qu’on perd là une capacité intellectuelle importante ou embrasser cette nouvelle donne en la replaçant sur le temps long.

Auteur : ...-Wink-... (CC)

La question de la transition des générations comme la mienne (née dans les années 1980) du support papier au tout écran se pose donc peut-être pour la dernière fois. Pour les autres, le passage ne sera pas nécessaire (un peu comme les personnes âgées qui comptent encore en ancien franc alors que les enfants de l’an 2000 n’ont connu que l’euro). Personnellement, cette conversion, je ne suis pas trop pressé de la faire. Je suis pourtant né avec un ordinateur à la maison, j’aime beaucoup utiliser les nouvelles technologies et juge sur bien des points leur apport positif. Toutefois, en ce qui concerne la lecture de longs textes (plus de trente pages pour des articles universitaires ou de journaux et encore moins de deux pages quand il s’agit de la fiction), je privilégie encore le livre papier.

Pour prolonger sur les liseuses, je vous renvoie à l’article d’Yves Desrichard sur l’« Accélération du livre » qui reprend les thèses du sociologue Hartmut Rosa en les développant à ce sujet.

Discussions : 3 Messages de forum

  • Avant le livre (numérique)

    26 janvier 09:10, par William of Waterborn

    As-tu pensé à le proposer au Tiers-Livre ? (^^)
    Sinon, je souscris à ton constat, et merci pour le lien de Desrichard aussi très intéressant. Je me demande juste à la fin de l’article le sens du titre, puisque tu supposes qu’il s’agit encore de "livre" numérique. Mais tu as réussi à te situer hors de toute polémique oiseuse, donc j’arrête là !

  • Avant le livre (numérique)

    26 janvier 10:49, par Gautier Gauvain

    Je me reconnais aussi beaucoup dans ces remarques. D’autre part, l’idée d’un intermédiaire technique trop élaboré ou trop étranger, s’interposant entre le texte et moi, me perturbe. Encore des contraintes : alimentation électronique, autonomie de l’engin, prévoir un temps de chargement, etc... Trop compliqué, trop pesant, trop matériel justement (je conteste l’idée de "livre immatériel" : c’est le contraire me semble-t-il).

    Dans un bon livre, comme les signes dont est fait le langage, le support doit disparaître au profit du sens. Avec les liseuses, j’ai peur que l’outil passe avant tout, surtout pour nous qui, comme le souligne Benjamin, nous sommes construits avec le livre papier. C’est pour la même raison que je ne suis absolument pas bibliophile d’ailleurs. Le livre ancien me pose les mêmes problèmes ! Suffit de voir un exemplaire original des Essais de Montaigne. Sans remonter encore plus loin !

    Là encore, malgré ma technophilie avérée et assumée, je reste un peu attentiste. Ce que j’ai connu avec la photo (on oublie aussi de prendre ce domaine comme point de comparaison possible) m’incite à rester circonspect. Même si les appareils ont toutefois fait des progrès impressionnants, faut bien reconnaître. La lecture en eau profonde requiert encore le livre comme totalité close, auto-suffisante. Se couper du flux, éprouver une autre temporalité. Devenir autre.

  • Avant le livre (numérique)

    26 janvier 16:44, par Benjamin

    @William : effectivement je parle encore de livre car je me place dans l’optique de choisir de lire un roman (genre un Dickens) soit au format papier ou numérique. Si c’est un "livre" de style interactif, effectivement, la question ne se pose plus. D’ailleurs le Seuil vient de publier un des premiers ouvrages du genre, juste pour les tablettes.

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